Interview d’Alexy Berthet, ou comment le sport nous aide à dépasser nos limites

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Aujourd’hui, nous allons à la rencontre d’Alexy Berthet à Tahiti. En voyant Alexy se mettre à la compétition en paddle à plus de 40 ans, j’ai voulu en savoir plus sur cette force intérieure et cette volonté qui l’anime. Outre l’aspect physique et technique, je t’invite à t’inspirer de ses mots pour savoir comment le sport peut nous aider à avancer dans la vie et à dépasser nos limites. « Réussir, c’est aller au-delà de ce que l’on était capable de faire hier. »

Cet article participe au carnaval d'articles "Forme vitalité Bien-être", c'est un groupe de blogueurs qui chaque mois publient un article sur un thème donné. Ce mois-ci, je suis l'organisatrice du carnaval d'article avec le thème "Dépasser ses limites".
Bonjour Alexy, peux-tu te présenter ?

Salut Amandine, j’ai 43 ans, je suis père de deux grandes filles de 15 et 17 ans. Je suis technicien agricole et je vis à Tahiti. Je suis né au centre de la France à Feurs dans la Loire. Loin de la mer, je suis quand même dans l’eau depuis mon enfance, en piscine d’abord par le biais de la natation, puis en plongée sous-marine dès 14 ans.

Ensuite mes études agricoles m’ont emmené à la Réunion pendant 2 ans ou j’ai commencé le body surf puis le body board. De 1996 à 2008 je suis en Guadeloupe pour faire un BTS d’agronomie tropicale, là je m’aguerris en body board, je commence à surfer le reef. Puis en 1999, après un an d’étude en France, je suis allé faire mon service civile à Wallis et Futuna, où j’ai pu prendre quelques vagues encore.

En 2001, j’arrive à Papara, je continue le body board, et en 2003 malgré mon âge avancé pour débuter je me mets au  long board à 30 ans !!! Ça a été une des choses les plus difficiles et ingrates que j’ai entrepris ! J’ai mis plusieurs années avant de savoir tourner, j’en ai gardé quelques cicatrices mais je n’ai jamais lâché. Petit à petit, j’ai progressé et en 2013, Sébastien mon meilleur ami m’a parlé de la WTT (Waterman Tahiti Tour). Les images faisaient rêver. Je m’amusais en kayak depuis quelques temps en descendant le vent debout sur le kayak… lorsque j’ai vu ma première planche de SUP (Stand Up Paddle) dans le magasin de Yann, une planche immense faisait 14 pieds (4m30) !

C’était une bonne occasion ! J’ai commencé à ramer en SUP pour le plaisir, sans objectif. Puis, un ami m’a fait découvrir le paddle board : une planche où l’on rame couché ou à genoux juste à la force des bras. J’en avais souvent entendu parler et quand j’ai essayé ce sport, cela a été une véritable révélation pour moi. Georges Cronsteadt et Raihei Tapeta m’ont proposé de venir faire des entraînements à Mataiea (à Tahiti) avec eux. J’ai suivi et puis tout s’est enchainé : entraînements, compétitions -je n’en avais jamais fait de ma vie, championnats du monde etc.

Cela fait maintenant 2 ans que je fais le championnat de Tahiti où j’ai fini 3eme en 2015 et en 2016 avec beaucoup plus de difficulté cette année vu que le niveau a explosé en 2 ans ! L’année prochaine place aux jeunes !

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Depuis quelques années tu participes aux WTT (Waterman Tahiti Tour), comment t’es venu cette passion du Stand Up Paddle ? Est-ce que tu pratiquais déjà des sports de glisse ?

La passion du paddle et du SUP m’est venu de ma passion pour l’élément liquide. Le surf c’est sympa, mais les conditions ne sont pas toujours réunies alors que le SUP et le paddle permettent d’être dans l’eau quasiment tout le temps quelques soit les conditions – quelque que soient les conditions de houle ou de vent. Ils nous arrivent de sortir avec 50 km/h de vent pour faire des Down Wind (descente poussé par le vent d’un point A à un point B). C’est une autre forme de surf, cela demande une autre vision des vagues, de la houle, mais le surf en DW est tout aussi grisant ! La sensation de glisse est fabuleuse surtout en paddle board où on a la tête au ras de l’eau avec une super sensation de vitesse.

Oui les épreuves du WTT (Waterman Tahiti Tour) font partie du championnat de le FTS (Fédération Tahitienne de Surf) de paddle board, donc je participe à quasiment tous les WTT depuis 2 ans. Mais je ne fais en général que le Paddle board. Quand je suis en forme, je fais le SUP et/ou la natation, mais ce ne sont pas mes spécialités. Par contre ce sont des très bon entraînements, j’ai découvert que la pratique de plusieurs discipline se complètent et apportent énormément dans la progression de chacune. Cela m’a permis de participé au Iron Mana Liquid festival en 2015, et je pense y retourner cette anné. C’est 4 jours d’épreuves longue distance, le tour de Bora-Bora en paddle board – au moins 10 km de natation !-, le tour de Bora-Bora par les motus (îlots en Tahitien) et les bais – 40Km en SUP race ! C’est très exigeant pour l’organisme et pour le mental mais les conditions sont parfaites. Le lagon de Bora est un joyau pour ce genre d’épreuves. L’année dernière, j’ai craqué je n’ai pas fini les épreuves SUP, mais j’ai quand même ramé 6h d’affilé ! Cette année je compte bien tenir le coup !

On a pu te voir partir à l’étranger pour t’engager dans des compétitions internationales aux côtés des grands noms du Paddle, peux-tu nous en dire plus ?

Oui, j’ai eu l’occasion de partir faire les championnats du monde ISA l’année dernière. J’avais le temps et les moyens cette année-là. Cette année encore, ma place de 3eme au championnat FTS (Fédération Tahitienne de Surf) me qualifiait mais je n’avais ni le temps, ni les moyens. C’est dommage qu’il n’y ait pas plus d’aides pour représenter le fenua (=Tahiti). Encore cette année, ce sont seulement les athlètes qui auront pu réunir les moyens qui pourront faire le déplacement à Fidji. On va essayer via la fédération tahitienne de surf de trouver les moyens de changer les choses pour les années suivantes et d’envoyer les meilleurs au championnat du monde.

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Comment s’est passé ta dernière compétition aux « Pacific Paddle Games » ?

J’ai aussi eu l’occasion de participer au Pacific Paddle Game en 2015 et 2016, c’est une épreuve essentiellement orienté vers le SUP avec peu d’athlètes en prône (=Paddle board) mais ceux qui sont là sont les meilleurs internationaux ! Alors, ça vaut le coup de se frotter à eux ! C’est une superbe expérience, l’année dernière j’avais assuré la longue distance et je m’étais fait exploser dans les vagues en technical race. Cette année j’ai vraiment travaillé dans les vagues, travaillé mon cardio. J’ai fait 6eme sur 12, ce qui est très satisfaisant pour moi car je suis premier dans ma catégorie d’âge en + de 40ans devant l’ancien champions de la discipline. Alors pour moi, le bilan est vraiment positif.

Ce que j’admire chez toi, c’est ta capacité à avoir débuté la compétition à 40 ans passé. Quel a été le déclic pour toi pour te lancer là-dedans ?

Comme je te l’ai dit, j’ai commencé le surf à 30 ans, bon ok jamais en short board J ! J’ai commencé la compétition juste pour le jeu au début et puis rapidement j’ai vu que je faisais de bons résultats. En 2015 à la première WTT de la saison, j’ai battu Bruno Tauhiro au Blue Banana ! J’ai pris conscience de mes capacités et je me suis lancé dans les entraînements intensifs avec Georges et Raihei. Pour moi, ça vraiment été un jeu, un jeu auquel je suis devenu  complètement accro!

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Que t’apporte le Paddle et la compétition pour ta vie personnelle et mentalement ? Est-ce que tu as observé des changements en toi ?

En fait, je me suis mis aux entraînements et à la compétition suite à des gros problèmes personnels. J’avais besoin de mettre toute mon énergie négative dans quelques choses si je ne voulais pas péter un plomb. Alors j’ai ramé. Souvent, les sports d’endurance sont de très bons exutoires pour ce genre de situation. Ils permettent par l’effort physique d’évacuer les mauvaises énergies et grâce à la concentration, de se libérer la tête. Quand je rentre d’un bon entraînement, je me sens bien, je suis calme et je peux aborder la vie avec plus de sérénité.

J’aime aussi être seul à l’eau et j’aime surfer seul. Je le fais moins souvent maintenant, mais je suis souvent allé surfer au large de grosse houle d’hiver seul avec ma board, ou seul en down wind. C’est une sensation extraordinaire que d’être seul au large en pleine mer dans des vagues de deux fois sa taille. La concentration est maximale. Mais ce n’est possible que si l’on est en complète harmonie avec la nature et avec soi-même. Certaines fois je fais demi-tour, car je ne le sens pas.

Où trouves-tu ta force mentale pour les compétitions et pour ta vie de tous les jours ?

La force mentale ? Une grande question, je pense que j’en ai toujours eu de par mon enfance, mon éducation, mon métier qui est un métier assez dur physiquement. Mais je pense aussi que cela s’acquière et se cultive et que le gout de l’effort s’apprend. J’ai eu un jour cette réflexion qui m’a sans doute été inspirée par mes lectures et mes expériences : Fais chaque jour un pas de plus que la veille. En fait, cela résume bien mon état d’esprit. Ainsi, exprimer cela donne la possibilité à tout un chacun d’arriver au sommet. Nous ne partons pas tous du même point et n’arriverons pas tous au même endroit. Mais ce qui compte, c’est de parcourir le chemin. Le pas de plus que l’on fera aujourd’hui puis demain, c’est en fait cela le chemin de la réussite sur soi-même. Je n’ai jamais eu peur des objectif à long terme. Cela m’a permis de construire ma vie dans les îles et d’apprendre à surfer. C’est aussi comme ça que j’ai arrêté de fumer. J’ai mis plus d’un an à ne fumer qu’une seule cigarette par semaine, sans avoir aucun manque, ni la sensation de faire un effort. Aujourd’hui, je ne fume que de temps en temps. Le chemin vers la réussite est le même. Il faut se fixer des petits objectifs que l’on peut atteindre en fonction des ses capacités dans l’effort. Le temps fait ensuite son œuvre, mais c’est sûr, ce n’est pas du drive in !

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Qu’est-ce que tu peux conseiller à mes lecteurs qui ont envie de vivre leur passion sportive ?

Prenez le temps de faire du sport. L’équilibre mental est pour moi intimement lié à mon équilibre physique. J’ai besoin de me dépenser pour évacuer. J’ai besoin de faire du stretching pour m’assouplir et me relaxer. Je pratique beaucoup le yoga sous forme de stretching pour la récupération après les efforts intense. Si vous avez une passion sportive, quelle qu’elle soit, donnez-vous les moyens dès aujourd’hui de pouvoir l’assouvir. Cela peut prendre quelques années pour des questions de capacité physique, d’apprentissage technique ou de moyens tout simplement. Mais cela fait partie d’un processus de réussite qui, lorsqu’il est amorcé, entraîne ensuite la réussite dans les autres domaines. Apprendre à réussir en sport, c’est apprendre à réussir tout court. Réussir, ce n’est pas gagner une compétition. Réussir, c’est aller au-delà de ce que l’on était capable de faire hier. Il faut être très patient mettre en place les éléments qui te permettront de continuer à réussir plusieurs années après. Il ne faut pas avoir peur de prendre le temps et de n’avancer que petit à petit.

As-tu une phrase ou un dicton fétiche ?

Chaque jour, fait un pas de plus que la veille.

Merci Alexy pour cette belle interview et à bientôt pour une petite session !

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Quelques mots de langage technique :

WTT = Waterman Tahiti Tour, organisation à part entière qui désigne son champion en fin d’année dans les épreuves de waterman (natation, prone, paddle, SUP, kayak etc.)

FTS = Fédération Tahitienne de Surf

SUP = Stand Up Paddle = Discipline où l’on rame debout sur une planche

Fenua = désigne la terre, le pays en tahitien = La Polynésie

Prone = Paddle board = Discipline sur planche où l’on rame couché ou à genoux juste à la force des bras

Down Wind = Aller d’un point A à un point B dans le sens du vente

Short board = Planche de surf plus petite et plus technique

Longboard = Planche de surf assez longue


Crédit photos : photo 1 Aaron Shmidt, photo 2 Mataio tahiti, photo 3 KainaluXT, photo 4 Gregory Boissy / WTT, photo 5 Tim Mc Kenna

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